jeudi 11 juillet 2019

Encore au-delà...

Du temps passé sur les bancs de l’école, me revient le souvenir de ma première rencontre avec le “samedi du village” de Leopardi qui, hier comme aujourd’hui, me fait penser aux désillusions vers lesquelles vont les « samedis » des attentes humaines, quand elles sont orientées vers les buts insatisfaisants offerts par le monde.
Dans la vie, il peut arriver un peu à tous de se retrouver en situation d'expérimenter comment ce que l’on peut humainement atteindre… une fois atteint, laisse la place au besoin d’un « quelque chose » qui va encore au-delà.
Cette insatisfaction, c’est un peu comme un index pointé vers cette dimension transcendante… qui est le seul « dimanche » capable d’apaiser les attentes de notre esprit.

Voici le texte de la poésie :

LE SAMEDI DU VILLAGE
« La jeune fille revient de la campagne
Au déclin du soleil,
Portant sa botte d’herbes ; et elle tient à la main
Un petit bouquet de roses et de violettes,
Dont, comme à l’accoutumée,
Elle se propose de parer,
Demain, jour de fête, son sein et ses cheveux.
Elle s’assoit avec les voisines
Dans l’escalier, pour filer, la petite vieille,
En se tournant du côté où se perd le jour ;
Et elle se met à raconter toutes ses belles années
Alors qu’aux jours de fête elle se parait
Et qu’encore vive et souple
Elle allait danser, le soir, avec ceux
Qui étaient les compagnons de son bel âge.
Déjà l’air s’embrunit,
Le soir s’azure, et l’ombre coule
Des collines et des toits
Dans la blancheur de la lune neuve.
Maintenant la cloche annonce
La fête qui approche ;
Et à son tintement on dirait
Que le cœur s’apaise.
Les enfants crient
Sur la petite place, en bandes,
Et en sautant çà et là
Font une rumeur joyeuse :
Et pendant ce temps retourne à sa pauvre table,
En sifflant, le laboureur,
Et il songe en lui-même à son jour de repos.

Puis quand s’éteignent partout les autres flambeaux,
Et que tout se tait,
On entend le marteau cogner, on entend la scie
Du menuisier qui veille
Dans son atelier fermé, à la lampe,
Et qui se hâte, et s’efforce
D’achever son ouvrage avant le point du jour.

De toute la semaine, c’est le jour le plus aimable,
Plein d’espoir et de joie :
Demain les heures ramèneront
La tristesse et l’ennui, et chacun par la pensée
Retournera à la peine accoutumée.

Jeune garçon enjoué,
Ton âge en fleur
Est comme un jour plein d’allégresse,
Jour clair, serein,
Qui prélude à la fête de ta vie.
Réjouis-toi, mon enfant : c’est un doux état,
Une saison heureuse que la tienne.
Je ne te dirai rien d’autre : mais si ta fête
Tarde à venir, que cela ne te pèse pas ».
(Giacomo Leopardi)