« Deux excès : exclure la raison, n'admettre que la raison ».
« La dernière démarche de la raison est de reconnaître qu'il y a une infinité de choses qui la surpassent » (B. Pascal).
Pour éviter les deux excès d’une foi « aveugle » qui exclut la raison et, au contraire, d’une raison qui n'admet qu'elle-même, en excluant donc la foi... il faut réussir à faire dialoguer ces deux réalités... même s'il s'agit, évidemment, de deux interlocutrices bien difficiles à accorder :
Avoir foi en Dieu signifie en effet croire que Lui, en transcendant notre monde, transcende aussi notre raison... laquelle, par contre, est « emprisonnée » dans les coordonnées spatio-temporelles de la dimension matérielle dans laquelle nous nous trouvons, et donc n'a pas la possibilité de « saisir » rationnellement Dieu, c’est-à-dire à « cataloguer » dans la logique humaine Sa Réalité, Ses « Pensées » et Ses « Voies » (cf. Is 55,8).
De son côté, notre raison est portée à essayer de déterminer des rapports logiques, à répondre à des exigences de systématisation et/ou de rigueur scientifique... et non pas à croire en ce qui n'est pas pleinement vérifiable sur le plan rationnel.
Dans la tradition chrétienne, au rapport entre foi et raison fait par exemple référence l’antique et symétrique dicton « intellego ut credam » (je comprends pour croire) « credo ut intellegam » (je crois pour comprendre)... qui met en évidence comment la raison et la foi, en s'exprimant dans leurs champs d'action respectifs, peuvent faire « travail d'équipe ».
Pour que cela se produise dans sa propre vie intérieure... il est cependant nécessaire de respecter deux conditions fondamentales :
- Il faut que la foi, au lieu de devenir « aveugle » (comme la font devenir certaines doctrines religieuses humaines), reconnaisse que la rationalité est elle aussi « contenue » en Dieu.
- Il faut que la raison reconnaisse la valeur de la foi, comme doit nécessairement le faire celui qui se rend compte que... « il y a une infinité de choses qui surpassent » la rationalité humaine.
Une chose est en effet chercher de donner le plus possible expression à sa propre raison, mettant ainsi à profit cette extraordinaire potentialité... mais tout autre compte est, au contraire, considérer sa propre raison comme le seul et absolu critère de vérité... comme si la vérité devait se réduire à ce qu'il est possible de penser rationnellement, alors qu'il existe une partie de la réalité qui va bien au-delà de nos capacités rationnelles.
En substance, il faut que la raison fasse un « bain d’humilité » et, avec réalisme, se reconnaisse limitée aux capacités humaines et donc imparfaites du cerveau et, en tant que telle, qu’elle se reconnaisse incapable de « saisir » l’illimitée Réalité de Dieu.
Encore dit en d’autres termes... la raison ne peut nier ce qui la transcende et, par conséquent, elle ne doit jamais usurper l'espace qui dans notre vie appartient à la foi... et donc aussi à l’espérance.
Cet espace est illimité, parce que Illimité est Dieu qui... au-delà de ce que notre raison peut penser... peut l’impossible.




